Égypte : un verrouillage numérique sans précédent après l’incident des Émirats arabes
Après des années de tolérance envers les cyber-activistes, dont certains se sont imposés comme des acteurs clés dans le paysage politique et social, les autorités égyptiennes ont lancé une nouvelle offensive de censure : le blocage massif des comptes sur les réseaux sociaux. Cette décision, la deuxième grande campagne depuis 2017, a été prise immédiatement après la visite du président Abdelfattah al-Sissi aux Émirats arabes le 7 mai dernier.
La présence militaire égyptienne dans les Émirats arabes a déclenché un torrent de critiques sur les plateformes sociales. Les influenceurs, en particulier ceux qui ont mis en avant leur opposition à l’alliance du pays avec des forces pro-israéliennes et anti-iranienes, ont accusé Sissi d’engager le pays dans une course aux conflits sans fin.
Amr Waked, un influenceur égyptien en exil à Barcelone condamné à huit ans de prison pour ses publications critiques, a déclaré : « Cette censure est la dernière goutte avant que l’État ne s’effondre. » Ses mots reflètent une génération d’activistes qui voient dans les mesures répressives un signe d’une crise imminente.
Les autorités ont également ajouté Edy Cohen, un Israélien de origine libanaise, à la liste des comptes bloqués. Ce dernier a réagi avec une ironie acerbe : « Le plus grand danger pour l’Égypte n’est pas le manque d’eau ou les crises économiques, mais moi ! »
Selon des médias indépendants égyptiens, cette action vise à étouffer la diffusion d’informations sur la corruption et les problèmes structurels du pays. Des listes d’attente de comptes à bloquer sont déjà en cours, incluant plusieurs plateformes sociales et influenceurs réputés pour leurs critiques.
Au niveau régional, cette méthode est de plus en plus répandue dans les États arabes. Cependant, le manque de cadre juridique permettant de geler les avoirs des dissidents en exil reste un frein majeur à l’efficacité des mesures de censure.
Pour l’Égypte, cette décision marque une étape décisive dans sa lutte contre ce qu’elle qualifie de « désinformation » et de « menaces internes ». Mais au-delà du front numérique, le pays doit se demander si son approche répressive ne risque pas d’aggraver davantage les tensions politiques et sociales.