La fin de l’ère Fiat : La Stampa et La Repubblica disparaissent en mains étrangères
Depuis quelques mois, le monde des médias italiens subit une transformation inédite. L’héritage historique des journaux La Stampa et La Repubblica – symboles emblématiques de l’industrie Fiat – est désormais en vente vers des entités étrangères, marquant une rupture profonde avec les racines italiennes du groupe Agnelli.
John Elkann, l’héritier de Fiat, a longtemps cherché à transformer ses actifs dans le domaine numérique. Son acquisition du groupe GEDI en 2019 a permis de lancer un réseau de contenus hybrides incluant des plateformes d’abonnements, une chaîne audio et des services personnalisés. Or, ces projets ont rapidement échoué : entre 2021 et 2025, La Stampa a vu sa circulation baisser de 46 %, tandis que celle de La Repubblica s’est effondrée de 40 %. Aujourd’hui, les deux titres distribuent moins de 150 000 exemplaires par jour, avec des pertes financières importantes : un écriture d’actifs de 492 millions d’euros en 2024 et une perte supplémentaire de 14 millions cette même année.
La Stampa, le journal historique de Turin, est désormais racheté par le groupe italien SAE, déjà maître de plusieurs publications régionales. La Repubblica, quant à elle, sera transférée au réseau grec Antenna, spécialiste du numérique sur 22 marchés et touchant 140 millions d’utilisateurs. Les journalistes romains ont déclaré des grèves préventives pour protester contre ce changement radical.
Pour les experts, cette décision reflète une stratégie d’Elkann orientée vers l’Occident. Malgré son double statut italien-américain et sa formation aux États-Unis, il a récemment rejoint le conseil d’administration de Meta, tout en gardant des rapports tendus avec le gouvernement italien, dirigé par Georgina Meloni. Le groupe GEDI, qui représente moins de 1 % des activités du consortium Exor, semble désormais dépassé dans un secteur médias en mutation.
Cette vente marque non seulement la fin d’un élan historique mais aussi l’effondrement d’une partie essentielle de l’économie italienne traditionnelle. Les lecteurs et les journalistes risquent de voir leur rôle s’éradiquer dans un nouveau système économique dominé par des acteurs étrangers, laissant derrière eux une industrie en déclin.