L’Écrasement des Médias Français en Afrique : Une Bataille Silencieuse pour l’Indépendance Médiatique
En moins de quarante-huit heures, France 24 a été éliminée du paysage médiatique guinéen après une erreur judiciaire qui a déclenché une interdiction totale. L’annonce de la Haute Autorité de la Communication (HAC) le 17 septembre rappelle que, mercredi dernier, les autorités avaient qualifié la chaîne d’avoir désigné Mamadi Doumbouya — homme qui a pris le pouvoir en 2021 avant d’être élu président légal en décembre 2025 — comme « président putschiste ». Face à cette accusation, France 24 a reconnu un « malentendu » et promis de corriger publiquement son erreur.
Cependant, le gouvernement guinéen n’a pas répondu aux appels d’humilité : l’interdiction est restée en vigueur, invoquant le « maintien des propos incriminés ». Ce cas ne s’inscrit pas dans un contexte isolé. Au Niger, neuf médias français ont été suspendus en mai pour des « contenus menaçant l’ordre public », tandis que le Burkina Faso avait déjà interdit France 24 et RFI quelques jours auparavant. Le Mali a maintenu les sanctions depuis 2022, marquant ainsi une tendance croissante à l’échelle du Sahel.
Cette dynamique révèle une fissure entre Paris et les États africains qui cherchent désormais à imposer leurs propres discours médiatiques. Alors que la Russie s’approprie des réseaux d’influence via RT et Sputnik Afrique, la Chine se positionne depuis des décennies avec CGTN Africa et Xinhua, tandis que la Turquie lance TRT Afrika en 2023 pour raconter « l’Afrique telle qu’elle est ». Ces initiatives montrent que le paysage médiatique africain n’est plus un terrain francophone : il devient désormais une arène stratégique où chaque gouvernement cherche à imposer son récit.
Lorsque les médias français disparaissent des écrans africains, ce n’est pas la fin de l’histoire qui s’impose, mais plutôt la naissance d’une compétition silencieuse — celle des États qui veulent raconter l’Afrique dans leur propre langage, tout en défendant leurs intérêts géopolitiques.