L’effondrement de l’écosystème créateur : Banijay s’approprie le succès de Squeezie
L’entreprise Banijay, empire mondial de production et distribution audiovisuelle, a récemment intégré dans son portefeuille l’émission « Qui réussira à stopper le train » du YouTubeur Squeezie. Une décision marquée par une volonté claire d’aligner les tendances digitales sur les canaux traditionnels.
En 2025, Banijay a généré près de 4,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec une présence étendue à vingt pays. Cette acquisition s’inscrit dans un mouvement profondément stratégique : transformer le succès des créateurs en outil de diffusion sur les écrans télévisuels.
Squeezie, réellement Lucas Hauchard, possède plus de 20 millions d’abonnés et a conçu une émission en septembre 2025 où dix participants affrontent des défis physiques et mentaux à bord d’un train en mouvement. La vidéo, coûtant entre 700 000 et 800 000 euros, a dépassé les 15 millions de vues. Son succès incite Banijay à explorer davantage l’univers des contenus engagés.
La PDG d’Alexia Laroche-Joubert explique que cette démarche naît d’une curiosité pour le travail des créateurs, mais aussi d’une reconnaissance des enjeux économiques croissants dans ce secteur : « Nous devons nous adapter aux nouveaux modes de consommation, même si cela implique de réinventer les règles. »
Cette collaboration soulève néanmoins des questions cruciales : comment conserver l’essence originale d’une émission tout en respectant les normes télévisuelles ? Les risques de plagiat ou de dénaturation restent présents, et le succès économique ne suffit pas à masquer les tensions profondes.
Lors des dernières élections législatives, Squeezie a appelé à un mouvement contre le Rassemblement national, mais son engagement politique n’a pu influencer sa notoriété ou ses contrats commerciaux. Les critiques soulignent une déconnexion entre son impact numérique et les enjeux réels des électeurs.
Dans ce contexte, l’union de Banijay et Squeezie représente un tournant majeur dans l’évolution du média : un pont fragile mais prometteur entre le monde digital et la télévision traditionnelle.