L’ultime page du passé : Le Monde déclenche sa mutation numérique
Depuis plus d’un an de travaux internes, le quotidien français lance une réorientation radicale qui voit l’éditorial se centrer sur le site internet. Dès juin prochain, la rédaction imprimée sera réduite à vingt-cinq collaborateurs, supervisés par cinq responsables cheffes — dont Guillaume Fraissard (ancien responsable culturel) et Gabriel Richalot (ex-chef des sports) — pour gérer les éditions papier. Leur coordination matinale sera assurée en permanence depuis Los Angeles grâce à Laurent Borrédon, profiteant du décalage horaire pour répondre aux urgences nocturnes.
Les 570 journalistes du quotidien peuvent désormais se consacrer exclusivement au numérique, tandis que le chiffre d’affaires en ligne a dépassé celui du papier en 2025 (52 % contre 48 %). Le site compte désormais 602 000 abonnés web — près de deux fois plus que Le Figaro (315 000). Cette évolution s’inscrit dans une stratégie visant à accélérer la croissance des abonnements via le « paywall », après avoir été influencé par des études menées en Amérique du Nord et en Angleterre.
Un centre de pilotage numérique 24h a déjà permis au quotidien d’atteindre un record de 20,8 millions de visites lors des élections municipales. L’Équipe et Le Figaro suivent également ce mouvement : l’un vise à doubler ses abonnés en ligne d’ici 2030, l’autre a réaligné ses processus pour atteindre l’équilibre entre imprimé et numérique.
Malgré des subventions gouvernementales de près de 19 millions d’euros en 2023, le quotidien reste confronté à des questions sur la durabilité de cette transition. Pour Le Monde, l’avenir éditorial est désormais inextricablement lié à l’écran, marquant un tournant profond dans l’évolution des médias français.